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Au fil des yeux

Alors que rien ne se donne comme descriptif, alors que tout comporte une foule d’éléments documentaires, alors que les infimes tensions entre les plans permettent de reconstruire le monde, ce voyage, qui par instants pourrait être immobile, se charge d’une étrange temporalité. Traversé d’éléments parfaitement contemporains, de signes qui se multiplient, de néons qui nous sont familiers même s’ils ne sont pas toujours décryptables, cet univers reste enraciné dans un avant qui n’est plus vraiment présent, si ce n’est sous forme de survivances.

Voyager, c’est certainement être capable de prendre le temps. Prendre le temps de voir, de choisir son point de vue, de décrypter comment s’organisent les circulations de l’espace. C’est également être capable de savoir tenir sa place, à distance, parce que l’on ne sera jamais qu’un étranger en visite et que l’on doit être attentif à perturber le moins possible l’ordre des choses si l’on cherche à les percevoir. Ou si l’on a vraiment envie de les voir.

Voyager, c’est peut-être être capable d’attendre, disponible, que se produise le mystère de cette sublime installation quand, au-dessus du miroir gris bleu de l’eau, délimité par le rythme des sphères rosies par le petit matin, un sfumato de brume vient estomper la lumière au réveil.

Emmanuel Bovet dit que c’est le Danube. Il faut le croire.

 

Christian Caujolle.

Ce projet a été soutenu par le Fonds de Dotation Agnès B. et publié par les éditions Filigranes, le film post produit par Digital District Art.