Funambule
15 January 2018

Chemins de Compostelle.

Route de pèlerinage depuis des siècles, entre invention d’une Europe sans politique, masochisme forcément chrétien, exaltation du dépassement, temps que l’on se réapproprie, histoire que l’on assimile, espace que l’on fait sien, prétexte qui aide à fuir pour se retrouver peut-être et réapprentissage de la dimension physique du dépassement. C’est un peu tout cela, et bien d’autres choses, et jamais cela vraiment dans une série d’images qui se refusent à la glose pour mieux restituer la dimension unique de l’expérience individuel, pour mieux pointer comment, au détours d’u sentier, sous la pluie, un œil grand ouvert sur un tronc interroge le passage d’un photographe qui pourrait l’ignorer. Marcher, durant un millier de kilomètres, n’est pas un acte gratuit. Ni une chose facile. C’est un acte. Qui concerne avant tout celui qui décide de l’accomplir. S’il en garde des traces et décide de les partager en montrant ce qui a retenu son attention – et en cela, évidemment il ment : beaucoup d’autres choses, durant le parcours, l’on captivé, mais il nous livre seulement les signes , volontairement épurés et énigmatiques dont sa pellicule à conserver les traces et qu’il a valorisé – et qu’il nous livre, nous offre, il en appelle à partager ses questionnements profonds. Un galet, une trouée dans la verdure, le chemin qui s’étiole où s’ouvre, des vignes à l’envi, un chien qui hurle, mes mains, des statues de saints, de saintes, et l’autoroute, la pierre et l’arbre, mes pieds, des images. Pour solde de tout compte et sans aucune théorie, une expérience vécue, restituée avec l’évidence de ne rien vouloir décrire.

Un entre-deux, un entre le Puy et Santiago de Compostela, villes qui ne seront jamais que le prétexte à savoir qui l’on est, où l’on est, accompagné par le refus de se voir étiqueté, y compris, voire surtout, comme pèlerin de Santiago.

Christian Caujolle